Début du roman (pas de "chapitre 1" encore pour l'instant parce que c'est juste un texte comme ça... bref c'est le début et c'est donc ce qui est censé accrocher et donner le ton. Je sais que c'est court, je rallongerai sûrement mais je me concentre beaucoup sur les premiers mots.)
Le
Phédon de Platon est posé à côté du cahier. Peu concentrée sur ce qu’elle fait, davantage dans les nuages, elle pense. Elle pense qu’un jour il lui dira peut-être les mots, ceux qu’elles ont toutes envie d’entendre. Sa main parcourt le papier et trace un visage, d’épais cheveux bruns raides comme des brins de paille, qu’il n’a jamais su coiffer. N’est-elle pas censée faire ses devoirs ? Impossible. Pour l’instant, elle dessine, peu maîtresse de ses mouvements. Les devoirs seront pour plus tard.
Elle passe maintenant aux yeux, de petits yeux marron et fatigués, de la même couleur que ses cheveux, puis sa bouche, son nez qu’il a toujours trouvé bizarre. Pourtant, elle ne voit pas où est le problème, ce nez est très bien. En essayant de lui donner une expression, elle s’interrompt, elle essaie d’imaginer. Il n’a jamais la même expression. Elle l’a connu sérieux, souriant, serein, plaisantant, en colère, mélancolique. Si seulement elle pouvait le voir, là, tout de suite, et le représenter tel qu’il est. Mais où est-il ? N’a-t-il pas parlé de la Grèce ? Il reviendra bientôt. Normalement.
Elle ne dessine plus vraiment. Elle se demande quel âge il avait la dernière fois qu’elle l’a vu. Quel âge il aura, cette fois-ci. De taille, il n’est pas très grand, peut-être un mètre soixante-dix, ni très musclé. Ni très beau, tout simplement. Il a son charme.
Lena pose le crayon et regarde son travail, un gribouillis pas vraiment réussi. Après tout, elle n’a jamais su dessiner. Dans un froissement, elle s’apprête à le jeter. Finalement, elle arrête son geste, elle le contemple une dernière fois. Puis elle vise la poubelle, et lance.
Ce doit être le troisième portrait d’Alcibiade qui a fini dans cette poubelle aujourd’hui.