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- Auteur(s) : Minuit (moi-même)
- Statut : Terminé
- Genre : Policier
- Titre de l'oeuvre : Vengeance
- Mises en garde : Pas vraiment.
Vengeance
Voyant que l'épingle à cheveux qu'elle tournait et retournait dans le trou de la serrure se montrait peu efficace, la jeune femme empoigna rageusement son couteau et délogea la poignée d'une porte en bois portant l'insigne «Olivier Gomez, directeur». Tant pis pour l'effet de totale surprise: il verrait bien rapidement qu'une effraction aurait été commise. D'une manière ou d'une autre, l'étudiante accomplirait sa mission. Elle devait réussir cela cet après-midi, c'était la dernière chance qui lui serait présentée avant la fin de l'année et la fermeture de l'établissement.
Évelyne pénétra discrètement à l'intérieur du bureau de l'homme le plus influant de l'université. L'endroit serait vide pour une dizaine de minutes encore, et elle eut le bon réflexe de refermer la porte derrière elle avant d'aller se cacher entre la grande pendule et un coin de pièce. Les rideaux étaient à moitié tirés, et comme les rayons de soleil ne se pointaient pas par la fenêtre, l'atmosphère semblait déjà peu chaleureuse. C'est drôle car normalement, en tant qu'étudiant, on évite de se retrouver piégé dans cette salle conçue pour les réprimandes en tout genre. Évy, elle, avait dû forcer l'entrée pour y faire sa visite. Elle attendait là, prête à bondir et le coeur battant, à la fois terrifiée par le geste qu'elle allait commettre et excitée par la pensée qu'enfin, justice serait rendue. En attendant, pour se défaire de l'angoisse qui la tenait prisonnière pareille à des menottes qui serrent un prisonnier, elle ferma les yeux un instant et tenta de se réconforter mentalement.
Tout va bien, se dit-elle. Oui, le plan fonctionnera à merveilles. Je suis armée, et lui ne se doute de rien. Pas pour le moment, en tout cas. Quand il verra la serrure... Ah ! Reste positive, Evy. Dans moins de dix minutes, il sera mort. Mort comme dans enterré, cimetière et Paradis. Ou plutôt devrais-je dire Enfer; il le mérite amplement, et c'est au coeur de ces flammes de souffrance éternelle que je l'enverrai, dans dix minutes !
Elle ouvrit les paupières d'un seul coup, prise d'une soudaine montée de détermination. Ses doigts se resserrèrent autour de son poignard dont le manche était déjà trempé par des gouttes de sueur. Grâce à cette arme blanche, elle attaquerait silencieusement monsieur Gomez. Grâce à son courage, elle permettrait à la lame fine et aiguisée de transpercer plus d'une fois le corps du directeur. Grâce à sa conviction, ses parents, dignes spectateurs de là-haut, pourraient finalement jouir de sa vengeance accomplie.
Après quelques minutes seulement, des bruits de pas approchant la pièce se firent déjà entendre. Une voix aussi, une voix qu'Evelyne pourrait maintenant reconnaître à la première vibration pour l'avoir entendue encore et encore en l'espionnant sournoisement. Le son provenait de l'autre côté de la porte, bien qu'il semblait un peu lointain.
« Prenez cette clef et installez-vous je vous prie, je reviens tout de suite. »
« Merde ! » cracha tout bas la vengeresse tandis que la porte émettait un grincement incertain. Matt, son complice et meilleur ami, était censé distraire le proviseur. Il avait promis de faire en sorte qu'Olivier Gomez soit le seul à entrer dans son bureau, et ce uniquement les dix minutes suivant l'effraction passées ! Si l'invité inconnu prenait ne serait-ce que quinze secondes afin d'examiner le milieu dans lequel il se trouvait, il n'aurait aucun mal à découvrir sa planque. Que faire ? De nouveau, le coeur d'Evy se mit à battre si fort qu'elle crut qu'il allait déchirer sa poitrine. Elle ne pouvait pas tout laisser tomber maintenant, elle avait mis l'année entière pour élaborer le plan ! Et puis, il était trop tard.
L'étudiante n'osait pas sortir la tête de peur de se faire repérer, ainsi elle ignorait complètement ce que faisait l'autre personne. Toutefois, elle savait qu'il approchait. Tap. Tap. Tap. Elle entendait ses pas parcourir lentement le plancher. Boum. Boum. Boum. Ou était-ce plutôt le tambourinement de son coeur qui la rendait sourde à tout autre signal ?
Je dois agir immédiatement, pensa-t-elle avec effroi. Il a osé faire du mal à ce qu'il restait de ma famille. Après mon frère qui nous a quittés, il a envoyé mes parents le rejoindre, et ce, le sourire aux lèvres. Alors peu importe si son cher copain part avant, avec ou après lui. Il paiera.
Brusquement, l'orpheline bondit hors de sa cachette et se rua aveuglément sur ce qui semblait être un homme. Comme prévu, elle enfonça dans le torse de sa victime plusieurs coups de couteau hasardeux. Une partie de sa rage se manifesta alors ouvertement pendant qu'elle mutilait ce qui s'était déjà transformé en cadavre. Ça faisait tellement de bien de ressortir toute cette colère contenue ! Mais elle devait tout de même en garder pour le sujet principal.
Cette frénésie incontrôlable passée, la jeune meurtrière reprit ses esprits et observa plus attentivement le corps, spécialement son visage. Cheveux bruns, nez court, yeux rapprochés... « Mais... » De sa bouche s'échappèrent une panoplie de bredouillements horrifiés. « Comment ?! Je... ne... » La main tremblante, elle laissa tomber son poignard ensanglanté sur le sol.
« Matt...»